Entre 2021 et 2025, François-Xavier ALEXANDRE, désireux de créer une œuvre naturelle vivante dans le cadre du développement du phénomène de connexions auquel il est attaché, et qui constitue le sujet principal de son art, élabore à partir de terres agricoles industrielles, un Jardin cosmologique de 45 000 m2, création permanente faisant partie de son œuvre d'art globale, dans laquelle il est possible de déambuler, entre autres à pied et à l'aide d'un drone.
Totalement biologique, aussi réserve d'oiseaux, ce jardin permet de se connecter facilement et charnellement à l'espace (la géographie) et au temps (l'histoire), dans une zone propice à la contemplation des étoiles (grâce à l'éloignement des villes), également de la faune, de la flore, et du patrimoine architectural, celui-ci étant situé dans le Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, et dans un village inscrit au Patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO.
Ce jardin est aussi celui de son atelier et de sa maison, l'artiste vivant ainsi au cœur de sa création.
Entretien avec François-Xavier ALEXANDRE, à propos de son jardin cosmologique.
Pourquoi avoir réalisé cette œuvre d’art ?
Le sujet principal de mon art est d’accompagner et développer un phénomène de connexions générales et diverses, essentiellement dans le domaine esthétique, historique, géographique, énergétique, et au final cosmologique et spirituel.
Après avoir créé de nombreuses connexions internes et externes à mes media artistiques, plus spécifiquement en peinture et dans des installations artistiques, et attaché une importance particulière à la notion d’œuvre in situ, j’ai créé des connexions entre les différents arts, entre autres la danse, l’architecture, la poésie, la musique.
Et depuis longtemps la nature résonnait en moi. Je me suis toujours senti relié à elle, faisant partie d'elle.
La nature m'a toujours donné envie d’étendre ce phénomène de connexions dans et à travers elle, même si je le sentais déjà préalablement existant en elle, et participant à un ordre dans l’univers, une organisation interconnectée, interagissante, mouvante.
J’ai donc continué à développer et accompagner ce phénomène de connexions à travers un site naturel, en créant ce jardin cosmologique, qui va contenir en lui beaucoup d’éléments propres à l'esthétique en général, mais aussi interagir plus particulièrement avec la notion de temps et d’espace (donc d’histoire et de géographie), avec les planètes, les points cardinaux et leurs dérivés, également avec la structure générale de l’univers, les réseaux telluriques, différentes pratiques artistiques historiques (entre autres celle de l’œuvre in situ, et du land art).
Ce jardin permet aussi de poser la question de la légitimité du ou des points de vue dans une œuvre, de la durée, du devenir, de la transformation, de l'échelle, des limites, du caractère vivant, concret, abstrait, enraciné, originel, philosophique, voire ésotérique, magique, de la création.
Comment avez-vous eu l’idée de faire ce jardin ?
Se connecter à l’histoire de l’art est également une chose qui fait partie intégrante de mon travail artistique, qui est importante pour moi.
J’ai donc toujours eu beaucoup de considération pour le courant historique du land art, d’autant plus que je l’ai longtemps étudié à l’université avec un philosophe spécialisé en esthétique (c’est-à-dire en philosophie de l’art), docteur spécialiste de ce mouvement, Gilles A. Tiberghien, auteur de l'ouvrage de référence relatif à cette forme d'art contemporain. (Land art, éditions Carré).
Mais c’est en peinture que j’aime de prime abord m’exprimer, même si la réalisation de mes objets picturaux dépasse largement le cadre du châssis, pour devenir une œuvre globale infinie, et interconnectée, une, mêlant notamment les ingrédients évoqués précédemment.
Le Jardin cosmologique est un des éléments composant cette œuvre unique, l’œuvre en elle-même étant le phénomène de connexions, celui-ci n’étant pas obligatoirement incarné dans un lieu ou un objet.
Après avoir acquis en 2021 une propriété de 45 000 m², dans laquelle je pouvais à la fois vivre et avoir mon atelier, la planéité du terrain agricole alors acquis, et la forme d’origine de la parcelle se terminant en pointe de diamant, m'ont largement et naturellement inspiré pour développer mon phénomène de connexions dans cet endroit relativement vierge, et créer une œuvre de land art.
Aussi un des bords du corps de l’œuvre est constitué d’une rivière, qui apporte l’élément eau à l’élément terre, et aux éléments flore et faune. Autant d'éléments à associer, voire à fusionner.
J’ai voulu créer en premier lieu tout un réseau de lignes de déambulation, afin d’appréhender l'œuvre dans toute sa profondeur et ses latitudes, également de relier des endroits spécifiques de la propriété, entre autres la cabane de pêcheur au fond du jardin, et le jardin en lui-même à l’atelier et à la maison.
Ce réseaux de lignes très structurantes et organisées permettant également la mise en place de formes géométriques et d'espaces chromatiques plus que connectés : ils sont compénétrés, et offrent notamment la possibilité de rentrer facilement dans une perception très picturale de l'œuvre, d'autant plus que l'absence de dichotomie entre sa surface et son support, est manifeste.
Vivre dans une œuvre d’art étant par ailleurs une chose désirée, sans cloisonnement des espaces admis traditionnellement.
Quel intérêt présente cette création ?
Ne pas réaliser cette œuvre eût pour moi manqué à mon sujet principal, au processus et phénomène globale et infini de connexions que je développe depuis maintenant le début des années 90.
J’avais différents intérêts artistiques à la faire, en plus du plaisir que cela procure de travailler dans la nature et d'y vivre, de se connecter à l’univers, d'essayer de continuer à l'appréhender et le comprendre.
Cette réalisation artistique permet entre autres de rentrer physiquement dans le corps charnel de l’œuvre, dans l'objet artistique et son lieu de création, dans le lieu de vie de l’artiste, et en même temps de vivre une expérience philosophique, initiatique, conceptuelle, énergétique, naturelle, une expérience intime de connexions, de globalité, d’informations, d’infinité, d'unicité, d’unité.
Pourquoi avez-vous intitulé ce jardin Jardin cosmologique ?
J’utilise le mot cosmos dans son sens originel grec, c’est-à-dire « ordre, organisation dans l’univers ».
La notion de connexion positive qui s’aligne sur la création naturelle et l’ordre dans l’univers, son organisation, ses lois, est quelque chose qui m’importe beaucoup, qui est en moi, que j’aime.
Ce choix du cosmos est un choix philosophique dès le départ dans mon art, dans mon attitude ; il consiste à s’opposer au chaos dans tous les domaines que ce soit. Le chaos étant le contraire du cosmos.
Entretien avec François-Xavier ALEXANDRE réalisé le 25 mars 2026, dans l'œuvre, avec lui-même.